11/04/2006

sans titre

 

 

Le jour s’est levé sur la dernière journée

 

J’écoute les sons familiers qui ont accompagné mon quotidien… le lointain vrombissement de la Chaussée d’Alsemberg, le crissement des freins du facteur lorsqu’il s’arrête à ma boite aux lettres, la plainte du store en bois vermoulu que mes voisins n’ont jamais songé à changer, le hurlement de la tondeuse à gazon de ce couple qui n’admet aucun élan de la nature, les voix étouffées des promeneurs allant de leurs commentaires sur chaque maison qu’ils longent…

 

Le jour s’est levé… J’emprunte pour la dernière fois la petite route qui se déroule le long des étangs de Linkebeek… Je traverse la « vallée des artistes », longe le château et son lac mystérieux que j’ai admiré l’hiver surtout quand les brumes montent des eaux glacées, recouvrent la statue blanche d’un voile opalescent, ne laissant apparaître que sa silhouette floue dans une ambiance magique et légèrement angoissante.  Sous les grands arbres majestueux, témoins muets de ma présence, je m’autorise une pause, respire profondément, à la recherche de la moindre ressource…

 

Ils arriveront bientôt, flanqués de leurs cartons, couvertures, cuters, papier bulle, de soie, ou cartonné. J’entendrai leurs pas lourds résonner dans chacun des recoins, fouler sans ménagement le sol abandonné à la brusquerie involontaire de leurs mouvements… Ils occuperont tout l’espace comme s’ils en étaient maîtres. Dès lors, plus rien ne leur résistera. Leurs mains habiles et expertes saisiront chaque bibelot, chaque objet oublié, et de leur dextérité dépendra leur futur… Exhumés des  tiroirs les effluves des terres parcourues inscrites au fond de moi, ces graines de continents, ces élans de passé … Pourtant, entre leurs doigts épais, capables de rudesse ou de délicatesse, elles se dissiperont, anéanties sous leurs regards indifférents. Ne restera alors que mon attention fébrile, mon inquiétude latente aux abois de leurs gestes jusqu’à l’enfouissement, l’évanouissement de ces preuves tangibles dans l’oubli des cartons… Ils se saisiront de tous ces bouts de moi qui ont filé mon destin, sans discernement, sans état d’âme, et je serai là, offerte à leurs regards aveugles, subissant impuissante, la pénétration de mon intimité… Et quand, après des heures d’écartèlement sans pouvoir respirer dans la poussière opaque, je parviendrai enfin à la lucidité, je serai libérée de ces aliénations matérialisées… Alors, comme à chaque fois, un moment d’euphorie me prendra toute entière… et je me sentirai délivrée et légère, soulagée de ne rien posséder… sauf l’essentiel qui ne s’emballe pas…

 

21:35 Écrit par crysalidea | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

Tu déménages? Je ne sais même pas où se trouvent les étangs de Linkebeek. Dans la périphérie de Bruxelles je suppose.
Les déménageurs ne font pas vraiment cas de ce qu'ils déplacent.
Tu dis "comme à chaque fois", tu as déménagé souvent?
C'est vrai que l'essentiel ne s'emballe pas.
Je ne me souviens pas des deux déménagements que nous avons faits, j'étais trop petite (9 et 27 mois).
J'espère que tout se passera pour le mieux.
Bonne soirée, bisous

Écrit par : Kardream | 11/04/2006

Laid sans ciel Peut être ne se met il pas dans un carton, peut être n'est il pas manipulé par des mains et des regards inconnus et parfois indélicats mais l'essentiel s'emballe aussi, il s'emballe comme un cheval qui galope sur les nuages, comme une fable dont on improvise la fin, comme un coeur offert dans le drap de l'abandon, comme une fourmi qui devient un Myrmidon, comme un rêve qui devient passion, comme une passion qui devient serment, celui d'une vie offerte dans chaque instant

Écrit par : Banur | 12/04/2006

Bonjour Crys Tu utilises la phrase avant le chaos.Cela me glace.
Sans vouloir être indiscret pourrais-tu quelque peu m'expliquer.
Je suis attaché aux personnes que j'apprécie et tu en fais partie.
Merci.
Enorme pichou bisous

Écrit par : DUKE | 12/04/2006

le chaos Duke, loin de moi l'idée de te glacer... avant le chaos, celui du déménagement en lui-même (et qui n'est pas de tout repos) , qui a lieu au moment où j'écris ce message (ils font une pause, j'en fais une aussi...)...
En tout cas, ta question et ce qui suit me touche beaucoup...
Mille bisous à toi, Duke

Écrit par : crysalidea | 12/04/2006

Bonjour Crys OUF.Merci de m'avoir éclairé.
Duke,the big coquin, en profite pour ajouter une couche de pichoubisous.
Décidément,chez moi,ça ne s'arrange pas avec l'âge ,mais je suis un adepte de
" Toujours Sourire ".

Écrit par : DUKE | 12/04/2006

tu aqs raison le plus important n'est il pas de pouvoir emporter l'essentiel.......

Bisous doux ma belle et à bientôt

Écrit par : eyes | 12/04/2006

tu emportes... une fois de plus on dirait...
tout cet essentiel.. car même les plus infimes petites choses qui ont trait aux faits marquants de notre existence sont précieuses.. vers un ailleurs..
qu'il te soit bénéfique et doux... et serein
un départ, c'est toujours un renouveau...!!

Écrit par : pierre de lune | 13/04/2006

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