05/02/2006

 regard

 

 

 

 

Ce matin, très tôt, dans les rues de Bruxelles, mes pas m’amènent vers la Place du Jeu de Balle. Le ciel gris et bas semble refléter sa morosité sur les visages des passants, des curieux et des rares touristes courageux auxquels les guides ont promis de découvrir dans ce haut lieu symbolique, épicentre de la chine, l’objet art nouveau de tous leurs désirs.

Les cafés ouvrent à peine, l’odeur des produits javelisés m’assaille et me repousse, moi qui donnerais tant pour une tasse de café bien serré… Il y a bien « Chez Pierrot », de l’autre côté, derrière l'église. Je m’approche; là sont réunis quelques habitués du quartier, certains déjà affaissés devant leurs boissons que je devine alcoolisées. J’ai le temps d’apercevoir leurs visages flétris par des plis profonds, la peau tuméfiée et rougie, les regards atones et les mains tremblantes, ravages des abus de l’alcool, usés par une vie de dur labeur, les poches souvent vides. La pauvreté est là. Elle crie dans le silence des regards.

Je renonce à mon café, me dirige vers la place où s’affairent les marchands, qui dans un rituel parfaitement orchestré, déballent colifichets, vaiselle dépareillée, monticules de vêtements, meubles en tout genre et parfois, au coeur de feuilles de journaux mille fois utilisées, des objets de valeurs qui font la réputation du lieu. Je me fraye un chemin entre le bric-à-brac, sur les pavés humides et glissants, tâchant de ne pas trop m’y tordre les chevilles… peine perdue. Des voix s’élèvent, une altercation vient alors troubler le ballet matinal… Les quolibets fusent.  Un marchand a empiété sur l’espace voisin. Le froid, la fatigue attisent l’agressivité latente. Les bonnets de laine sont brusquement enfoncés jusqu’aux sourcils, comme un signe de menace, accompagnant le flot de paroles. Je ne peux m’empêcher d’apercevoir les doigts gourds de l’un d’eux dans des mitaines élimées.

Ici, tout se côtoie. Le beau et le broll, les chineurs aisés et les indigents de la rue Blaes, les marolliens de souche et ceux "d’origine étrangère", les brasseries célèbres et les bistrots vétustes…

Ce matin pourtant, je n’ai pu y voir le pittoresque, le typique ou le cocasse qui font la fierté des défenseurs du quartier. Mon regard était resté accroché à ceux de "Chez Pierrot", là-bas cachés derrière l'église, ceux dont aucun guide ne parle.

 

 

 

22:27 Écrit par crysalidea | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Le vrai visage... J'adore véritablement ta description, les détails, ton sens de l'observation, la capacité à retransmettre l'ambiance... j'ai l'image en super plasma et le son en digital(THX, je préfère c'est Lucas)... mais surtout tu parles de la Bruxelles que l'on ne voit habituellement pas, dont l'on ne parle pas, celle qui est occultée presque mais pourtant bien réelle... oui tu sais le lien particulier que j'ai avec ma ville mais tu la décris mieux que certaines personnes qui y vivent pourtant depuis toujours... j'aime cette qualité que tu as de vouloir comprendre les moindres détails du lieu où tu es établie, la volonté de t'intégrer en profondeur, de ressentir l'ambiance comme si elle était tienne... et oui cela peut parfois être l'envers du décor de Bruxelles la belle mais elle n'est sûrement pas à rejetée, elle est une part de sa réalité et par conséquant incountournable et tu l'as parfaitement compris, comme d'habitude... pendant que ton regard se posait sur tous ces détails, ceux qui n'ont point de guide, quelque part un guide entamait son tour pour toi...
à bientôt anthyllide

Écrit par : Banur | 05/02/2006

Bruxelles Je ne connais pour ainsi dire pas Bruxelles. Je n'ai pas vraiment eu l'occasion d'y venir souvent. Cependant, il s'est passé quelque chose à chaque fois que j'y suis allée, une sensation que je n'ai pas ressentie ailleurs, une énergie puissante se dégage de cette ville. A Namur ou Charleroi, je n'ai jamais ressenti cela.
Les chanteurs lui ont rendu hommage (Brel, Calogero, Bénabar, ....), chacun à leur manière. Je n'ai pas de préférence pour l'une ou l'autre, toutes sont un regard sur une réalité de Bruxelles. Bruxelles fascine et envoûte. Cela me donne envie d'y aller, mais je ne suis pas encore guérie de ma grippe (elle est vraiment très tenace!) et certaines obligations me retiennent ailleurs.
Bonne journée douce Butterfly, bisous

Écrit par : Kardream | 06/02/2006

bien décrit... j'ai l'impresson que j'étais là...brr.. vais aller me faire un café... ça m'a froids dans le dos... bisous

Écrit par : cocoli | 06/02/2006

bonjour un gros merci pour ta visite et tel un enfant je suis tres heureux de t annoncer
que j ai réserver a l agence de voyage mes billets d avion pour la grande rencontre du 26 aout a oteppe en belgique...
je suis content d avoir la chance de tous vous rencontrer...
merveilleuse journée a toi...xx

Écrit par : coeurdenfant | 06/02/2006

j'en suis heureuse pour toi... un billet d'avion c'est le rêve qui se concrétise...
mais, je ne suis pas inscrite pour la rencontre du 26 août...
je penserai à vous tous... et à ta joie, certainement...


Écrit par : crysalidea | 06/02/2006

Bien vu Ton texte est bien juste.

Écrit par : Charles | 13/02/2006

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